Conseils de pros : L’utilisation des internégatifs

Michael McCarthy est un photographe américain qui vit à Paris. Attiré par l'expérimentation pour pousser sa photographie vers des recherches plus plastiques, Michael fait un retour aux sources en utilisant les procédés anciens. Pour mener à bien ses travaux artisanaux, il utilise la technologie moderne de l’internégatif (voir notre article), et il nous explique en détail sa méthode de travail.
 
J’ai commencé à travailler avec des procédés photographiques anciens, tels que le cyanotype, la gomme bichromatée, l’argyrotype ou encore le papier salé… au tout début des années 90, nous étions alors très limités par la technologie et le matériel qui existaient à l’époque. La taille de l’image finale de presque tous les procédés anciens était la même que la taille du négatif, nous avions alors le choix entre travailler avec des pellicules de petit format (35 mm ou 6 x 6 cm) et accepter des tirages très petits ou passer par des films lithographiques grand format (au moins jusqu’à 50 x 60 cm) mais qui avaient le désavantage de ne donner que deux valeurs distinctes : la transparence ou l’opacité complète. Il y avait quelques moyens pour rajouter plus de subtilité dans ce rendu mais c’était très loin de la qualité d’un négatif classique - ce qui rendait nos images peu nuancées.
 
Vers l’an 2000 la photographie numérique a donné un grand coup de main aux photographes spécialistes des procédés anciens avec l’introduction des scanners numériques puis des premières imprimantes jet d’encre de haute qualité (Epson). Les scanners ont permis la numérisation en très haute résolution de nos négatifs petits formats afin d’imprimer des internégatifs grand format sur un support transparent. D’un seul coup, nous passions de tous petits formats aux très grands sans perdre en qualité !
 
 
© Michael McCarthy
 
Entre les scans et l’impression il faut un traitement de post-production sur les logiciels de type Photoshop ou Lightroom pour préparer le contraste du négatif adapté au procédé choisi (cyanotype, gomme bichromatée, etc.) en vu du tirage final.
 
Personnellement, pour la création de mes internégatifs, j’utilise deux options : soit je travaille avec des imprimantes et des transparents de qualité ordinaire - ce qui crée des images assez granuleuses et que me sied pour certaines de mes images ; soit, au contraire, je cherche la meilleure précision possible et je passe par des imprimantes jet d’encre de haute résolution avec de meilleurs supports transparents.
 
C’est seulement au cours des années 2000 que sont apparus les premiers supports transparents de bonne qualité qui profitaient de l’amélioration de l’impression photographique obtenue par des imprimantes Epson. C’est la marque Pictorico qui était le premier, ensuite Inkpress, Perma Jet, Epson et d’autres… En général, j’utilise deux types de supports transparents : les bon marché qui sont entièrement transparents et qui fonctionnent plus ou moins bien et ceux, laiteux, qui permettent un négatif d’une bien meilleure qualité. Cette qualité laiteuse permet un blocage partiel de la lumière ultraviolette qui aide à compenser le fait que les couches d’encre sur le support soient très minces, ce qui rend difficile le maintien des détails dans les parties sombres des négatifs. De plus, ces transparents permettent une adhérence plus forte et plus précise de l’encre que sur un transparent ordinaire — résultant des négatifs d’une qualité exceptionnelle.
 
 
© Michael McCarthy
 
Lorsqu’on travaille avec des procédés photographiques anciens, on maîtrise toute la chaîne de réalisation, jusqu’à la préparation de l’émulsion, on se rend compte que la photographie va bien au-delà de la simple prise de vue. Tout au long du processus entre la phase de scan, la préparation des émulsions, l’exposition, le séchage, le développement et le rinçage, nous sommes souvent tentés de rajouter des éléments qui ne viennent pas de la prise de vue. Pour moi c’est là où la photographie prend vie. Parfois ce sont des “accidents”, parfois ce sont des marques qui s’approchent du dessin ou de la peinture, qui peuvent donner aux images sa qualité non seulement de représentation mais aussi d’objet qui a sa propre histoire. Ce double sens de l’image : représentation et objet me séduit car il y a là toute la magie de la photographie.
 
C’est cette incertitude qui, pour moi, semble être au centre de l’expérience humaine. Donc, pour moi, travailler de manière artisanale avec des procédés anciens tout en me servant des technologies modernes est un mariage idéal. Ce sont leurs qualités souvent vues comme opposées qui me permettent de créer des images qui sont la représentation même de ce conflit entre la perfection et l’éternelle, l’imparfait et le temporaire.